Démantèlement et reconversion : l’exemple de Semipalatinsk

Bruno Tertrais, bulletin n°57, septembre 2018

Le Kazakhstan est l’un des très rares États non-nucléaires sur le territoire duquel ont été conduits des essais nucléairesAvec l’Algérie, l’Australie, les îles Marshall et les Kiribati.. L’ampleur du programme passé, la diversité des activités nucléaires du pays (exportation d’uranium, accueil d’une banque de combustible…), un effort volontariste de reconversion et une volonté de valoriser diplomatiquement cet effort (voir récente note FRS à ce sujet), en font un cas particulierEmmanuelle Maitre, « Kazakhstan’s nuclear policy: an efficient niche diplomacy ? », Note de la FRS n° 10/2018, 1er juillet 2018.. Le slogan adopté par Astana à cet égard est « Faire d’une tragédie nationale une fierté nationale ».

La visite du site dit de « Semipalatinsk » suscite une impression largement positive, avec toutefois quel­ques réservesVisite organisée au profit du Group of Eminent Persons de la CTBTO fin août 2018. La ville de Semipalatinsk (désormais Semey) est proche du site..

La ville de Kourtchatov, assez isolée et anciennement « fermée », a entrepris une difficile conversion vers la recherche nucléaire civile. Passée de 53 000 à 17 000 habitants, elle donne l’image d’une cité fantôme.

Le Centre nucléaire national du Kazakhstan, qui y a été établi en 1992, soit moins d’un an après l’indépendance, a cinq missions :

  • Le développement de centrales électronucléaires, pour lesquelles trois sites possibles ont été identifiés – quand bien même les responsables du Centre avouent que le pays « n’en a pas réellement besoin ».
  • La recherche (matériaux) dans le domaine de la fusion, à partir du Tokamak récemment implanté à Kourtchatov.
  • Les effets environnementaux des radiations.
  • Le soutien à la non-prolifération.
  • Le soutien à l’industrie (ex. : programme CORMIT : coopération avec le Japon sur l’étude du comportement du corium).

Le site de Semipalatinsk, « démantelé en 2002 », est gigantesque (18 500 kilomètres-carrés), ce qui explique que seulement « 56% » de sa superficie ait été, à ce jour, sondés. L’objectif est de déclarer ce site « nettoyé » lors du trentième anniversaire de l’indépendance (soit en 2021).

Cette superficie exceptionnelle explique également que le site ne soit pas clôturé. Ses responsables expliquent que sa surveillance physique s’effectue à distance (patrouilles, drones…). La visite d’une partie des lieux (« Site Expérimental », là où eut lieu le premier essai soviétique en 1949) permet d’y constater l’absence quasi-totale de marquage ou de signalisation, y compris sur la zone de l’épicentre. La gestion de la sécurité radiologique individuelle (protections) peut y être qualifiée d’artisanale.

Les sites les plus sensibles font néanmoins l’objet d’une protection et d’une surveillance particulières. La « montagne de Degelen », lieu où ont été réalisés la plupart (209) des essais souterrains, était peu surveillée jusqu’en 2008. Elle est désormais protégée par la Garde Nationale Kazakhe, y compris pour des « raisons de non-prolifération » (effets des armes…).

Le site de Semipalatinsk accueille également une station auxiliaire de surveillance des essais (Station Auxiliaire 58). Ses responsables sont fiers d’expliquer que sa localisation « est l’une des meilleures au monde » non seulement en raison de sa situation géographique, mais aussi de par le très bas niveau de bruit sismique ambiant qui la caractérise.

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