Escalation through Entanglement: How the Vulnerability of Command-and-Control Systems Raises the Risks of an Inadvertent Nuclear War

James Acton, bulletin n°59, novembre 2018

La NPR 2018 spécifie qu’une attaque sur le système de commandement et de contrôle américain pourrait entraîner des représailles nucléaires. Interprétée par James Acton comme l’aveu de la vulnérabilité du système, cette précision est le sujet de son nouveau travail de recherche qui s’intéresse au risque d’esca­lade de toute frappe conventionnelle, volontaire ou non, sur le système C3I (command, control, communication and intelligence) des puissances nucléaires. Pour lui, ce problème très sérieux est bien celui de l’« enchevêtrement» des éléments conventionnels et nucléaires sur les architectures C3I et risque d’empirer. Cela concerne notamment les satellites d’alerte avancés, les systèmes de communication, les radars terrestres, les capacités ISR, les transmetteurs ou encore les avions de communication. Le problème se pose en particulier pour la Chine, les États-Unis et la Russie. Ce risque croissant est lié pour James Acton à quatre facteurs :

  • La montée en puissance de certaines armes non-nucléaires qui menacent particulièrement les architectures C3I et les arsenaux nucléaires (cyber, ASAT, armes conventionnelles de haute précision y compris hypersoniques, défense antimissile).
  • La vulnérabilité croissante des systèmes avec l’ouverture des réseaux, la mise en commun des systèmes de communication pour de nombreuses missions pour des raisons d’ordre pratique, et la réduction de la redondance des systèmes dédiés au nucléaire, notamment aux États-Unis, pour des raisons budgétaires.
  • La dépendance accrue à des systèmes C3I à double usage qui auraient un rôle important en cas de conflit conventionnel et seraient donc des cibles de choix.
  • L’apparition dans les doctrines américaines, russes et chinoises d’éléments qui semblent valider la pertinence de viser en cas de conflit les systèmes spatiaux et C3I dans le cadre d’un conflit conventionnel. Ceci semble notamment transparaître de l’AirSea Battle Concept américain.

Dans ce contexte, James Acton identifie trois mécanismes d’escalade possibles :

  • Les avertissements mal-interprétés (« misinterpreted warnings»). Dans ce scénario, un acteur dont le système C3I est attaqué pourrait penser qu’il s’agit du prélude à une attaque nucléaire et entamer une spirale de réponses menant à l’escalade. Ceci est d’autant plus probable avec la conviction américaine que la Russie mène une stratégie d’« escalate-to-deescalate ». Si Washington faisait l’objet d’une telle frappe et dans une telle logique, toute réponse américaine enclencherait une escalade. Il pourrait notamment s’agir de :
    • Protéger davantage son architecture C3I, par exemple en attaquant des armes ASAT adverses ;
    • Mettre ses bombardiers en état d’alerte et envoyer plus de SSBN à la mer, menant à une escalade de tensions ;
    • Menacer d’utiliser ou même utiliser de manière préemptive des armes nucléaires.
  • L’instabilité de crise (« crisis instability»). Ce scénario d’escalade part de la peur qu’une frappe sur le C3I n’érode trop les capacités nucléaires de la cible. En réponse, elle peut envisager une frappe nucléaire préemptive (scénario potentiellement crédible pour la Russie) ou simplement des efforts pour améliorer la capacité de survie de ses forces (dispersion, pré-délégation, menaces), ce qui continue à intensifier la crise.
  • La fenêtre d’opportunité (« window of opportunity»). Ce processus part du principe que certaines stratégies de défense, notamment basées sur l’interception des missiles, requiert des capacités C3I intactes. Pour préserver son avantage, un acteur sujet à des dégradations de son architecture pourrait vouloir conduire des frappes préventives ou faire preuve d’agressivité.

James Acton estime que ces trois mécanismes sont facilement concevables en raison de l’intégration forte des systèmes conventionnels et nucléaires, y compris aux États-Unis concernant par exemple les instruments d’alerte avancée. Or ces derniers constituent des cibles privilégiées dans un conflit conventionnel majeur et offrent de nombreux points de vulnérabilité, y compris cyber.

Dans ce contexte, il estime que des mesures de réduction des risques multilatérales seraient optimales, mais malheureusement irréalistes au vu des tensions actuelles. Des mesures nationales peuvent être envisagées, visant notamment à améliorer la prise de conscience du risque chez les militaires et les officiels et les encourager à la retenue en cas de crise. Ainsi, il préconise de dédier une équipe à l’analyse des risques en temps de paix et de crise, de re-calibrer la politique déclaratoire pour qu’elle soit claire et proportionnée (ce qui n’est pour lui pas le cas de la NPR 2018). Il s’agirait en particulier d’indiquer ouvertement quels sont les équipements qui appartiennent au C3I nucléaire. Enfin, il suggère de rendre plus résilientes les architectures C3I en évitant de mettre trop de fonctions conventionnelles sur les systèmes nucléaires.

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