Nonstrategic Nuclear Forces, Moving beyond the 2018 Nuclear Posture Review

Dennis Evans, Barry Hannah, Jonathan Schwalbe, bulletin n°64, avril 2019

Ce rapport cherche à examiner la question des armes nucléaires non-stratégiques en s’interrogeant sur leur rôle dans le contexte actuel et les possibilités qui s’offrent aux Etats-Unis en cohérence avec la NPR 2018. Par « armes nucléaires non-stratégiques », les auteurs désignent en particulier les armes qui ne sont pas incluses dans le Traité New Start, quel que soit leur statut au titre du Traité FNI. Par ailleurs, ils prennent également en compte des caractéristiques fonctionnelles, comme la capacité de ces armes à être mises en action rapidement, leur portée adéquate, leur survie avant le lancement et pendant le tir, leur précision permettant de limiter les dommages collatéraux et leur capacité à être utilisée de manière sûre dans une mission tactique.

Le rapport présente un état des lieux des arsenaux mondiaux dans ce domaine, et insiste sur ce qu’il perçoit comme la déficience américaine au regard de l’arsenal russe. En effet, il note que les Etats-Unis ne mettent en œuvre à ce jour dans cette catégorie d’armes que les B-61 non guidées avec des porteurs non furtifs ou stationnés aux Etats-Unis. La Russie possède un arsenal beaucoup plus diversifié avec des armes stationnées au sol ou en mer, dont la capacité de survie paraît plus établie. Par ailleurs, d’autres puissances asiatiques développent fortement ce type de capacités.

Forts de ce constat, les auteurs du rapport étudient quels systèmes d’armes pourraient être développés par Washington pour rééquilibrer la situation et s’ouvrir davantage d’options, en particulier dans le scénario d’un conflit régional. En effet, ils montrent les limites des ICBM, SLBM et bombardiers stratégiques pour dissuader des scénarios de frappes limitées. Concernant les armes en développement, ils jugent que le couple F-35A/B61-12 ne présentera pas des caractéristiques de survie suffisantes mais s’intéressent à l’emport de cette arme par des F-35A sur des porte-avions dans le théâtre asiatique. Les auteurs relèvent la pertinence du LRSO comme arme de précision mais notent que son déploiement sur des porteurs européens de type F-35A conduirait à augmenter drastiquement le plafond de bombardiers stratégiques dans le cadre du Traité New Start.

Ils étudient les options supplémentaires évoquées par l’administration, et en particulier le projet de SLCM qui leur semble très adapté et pourrait être une version du Next Generation Land Attack Weapon appelé à remplacer le Tomahawk. Ils notent néanmoins les défis liés à un déploiement nucléaire de ce type, en termes techniques, de sécurité ou d’arbitrage à réaliser pour respecter le New Start. Ils décrivent l’intérêt de réfléchir à des options terrestres de type GLCM, sans cacher les difficultés politiques de ce type d’arrangement. Le rapport propose une comparaison synoptique des différentes options étudiées. Il met en lumière les implications des différentes propositions pour la gestion des têtes nucléaires par la NNSA. En particulier, les auteurs insistent sur les difficultés à atteindre les objectifs affichés pour ce qui est de la production de matières nucléaires mais aussi de tritium et même de composants non-nucléaires. Ils jugent donc que toute réflexion sur l’évolution de l’arsenal américain dans le domaine non-stratégique doit s’accompagner d’une évaluation réaliste des capacités de productions de tête.

En conclusion, le rapport de la Johns Hopkins recommande la réalisation de scénarios détaillés sur la gestion par la Russie de sa supériorité dans le domaine des armes non-stratégiques. En fonction des conclusions, le développement de nouvelles armes pourraient être envisagé dans l’objectif de dissuader à tout prix une escalade nucléaire. Cet examen doit pour les auteurs étudier les avantages et les inconvénients de chaque système, et déterminer si certaines capacités sont actuellement manquantes. Dans le contexte actuel, il leur semble que le déploiement de SLCM sur des SNA soit le plus pertinent, mais ils soutiennent aussi l’utilisation du LRSO dans une fonction non-stratégique, le couplage de la B61-12 et du F-35C et l’adaptation du Trident D5 à des têtes de faible puissance.

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