Nuclear ambiguity, no-first-use, and crisis stability in asymmetric crises

Alexander Lanoszka et Thomas Leo Scherer, bulletin n°53, avril 2018

Alors que l’adoption d’une posture de non-emploi en premier (NFU) par les États-Unis a souvent été étudiée par des experts en non-prolifération et considérée dans les derniers jours de l’administration Obama, Alexander LanoszkaMaître de conférences, Department of International Politics City, University of London et Thomas Leo SchererProgram Officer, US Institute of Peace, Washington DC. étudient de manière théorique et empirique la capacité d’une telle stratégie à améliorer la stabilité en cas de crise. En effet, il est souvent estimé que si les adversaires redoutent une première frappe, ils peuvent être amenés à adopter des mesures de protection déstabilisatrices. Les auteurs estiment que dans les relations asymétriques, c’est-à-dire celles qui opposent les États-Unis à un adversaire inférieur sur le plan conventionnel, cette crainte est exagérée et que l’adoption d’une politique de NFU ne changerait pas la stabilité d’une crise.

Au vu de la littérature, et notamment d’articles publiés par George Kennan ou Scott Sagan, les auteurs jugent que la promotion du NFU s’appuie sur deux arguments principaux. Tout d’abord, si les États-Unis disposent d’une supériorité conventionnelle, il serait inutile de menacer d’une première frappe nucléaire puisque la défense des intérêts américains pourrait être assurée sans. Deuxièmement, la doctrine actuelle, basée sur l’ambiguïté, n’est pas crédible car personne ne peut prédire les conséquences d’une première frappe nucléaire et les adversaires ne pourraient imaginer Washington se lancer dans une telle stratégie.

Les auteurs démontrent dans leur étude qu’au vu de ces arguments, le risque d’escalade d’une posture d’ambigüité est en réalité moins élevé qu’il n’y parait, dans le cas de relations asymétriques. En effet, ils étudient trois scénarios d’escalade, qu’ils jugent peu probables :

1/ La spirale descendante : les adversaires adoptent des contre-mesures pour se prémunir d’une première frappe américaine (lancement sur alerte, modification des niveaux d’alerte, pré-délégation des systèmes) qui sont perçues comme agressives par Washington et justifient une attaque préemptive.

2/ La guerre accidentelle : les mêmes contremesures augmentent le risque de lancement accidentel.

3/ Le cas « use-it-or-lose-it » : l’adversaire, convaincu qu’il sera la cible d’une première frappe, préfère prendre l’initiative d’un conflit.

Pour les auteurs, les deux premiers scénarios sont peu réalistes car face à la supériorité conventionnelle américaine, suffisante pour une première frappe selon les défenseurs d’une politique de NFU, les adversaires inférieurs vont de toute manière adopter ces mesures pour se protéger d’une attaque non-nucléaire sur leurs installations critiques. Le troisième est aussi peu plausible car un État refuserait probablement de s’engager dans une attaque suicidaire et préférerait attendre que celle-ci soit inévitable.

Ils illustrent leur analyse par une étude du cas de l’Irak en 1991. En effet, il a souvent été sous-entendu que les menaces nucléaires voilées du Président Bush avaient conduit Saddam Hussein à disperser son arsenal chimique et à pré-déléguer des ordres de tirs. Pourtant, cette stratégie aurait été favorisée dès 1986 et n’aurait donc pas eu de lien avec la politique d’ambigüité américaine.

Sans juger le bien-fondé d’adopter une posture de NFU pour des raisons morales ou de soutien au régime de non-prolifération, les deux chercheurs estiment donc que les arguments classiquement employés en sa faveur font preuve d’incohérence et qu’au vu de la supériorité conventionnelle américaine, l’on peut s’attendre à ce que des adversaires adoptent des contremesures potentiellement déstabilisatrices quelle que soit la politique nucléaire déclaratoire américaine.

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