Nuclear Signaling between NATO and Russia

John Gower, bulletin n°59, novembre 2018

Dans ce rapport, deuxième volet d’un ensemble publié par ELN, John Gower s’intéresse à la question de la communication stratégique entre OTAN et États-Unis. Il dresse un tableau des grandes caractéristiques des principaux acteurs en la matière avant de formuler plusieurs suggestions.

De manière générale, John Gower remarque la difficulté de l’OTAN à mettre en place une politique de signaux cohérente, du fait de l’agrégation de trois politiques de communication stratégique autonomes (États-Unis, France, Royaume-Uni). Néanmoins, l’Alliance reste unie sur certains points centraux, et partage certains grands principes doctrinaux. Pour l’auteur, le Royaume-Uni est la plus flexible en matière de communication et fait davantage preuve de retenue, mais la détermination politique peut occasionnellement manquer de clarté. La France est beaucoup plus précise, et cohérente dans les informations divulguées. Des interrogations subsistent néanmoins sur l’articulation de sa posture avec celle de l’OTAN. Enfin, aux États-Unis, le facteur Trump soulève de nombreuses inconnues, avec des conséquences majeures sur la cohérence du discours américain au regard de celui de ses partenaires, sur l’abandon d’une posture de retenue et sur un manque de prédictibilité. Il est néanmoins impossible de savoir si ce tournant sera durable. Côté russe, les choses sont plus cadrées avec des documents et déclarations officiels, mais la fiabilité de la parole officielle est mise en doute.

Pour l’ancien commandant, le contexte actuel comporte un risque accru de mauvaises interprétations et calculs erronés. La prolifération de systèmes duaux, l’importance des armes de courte portée qui laissent peu de temps à la prise de décision, l’environnement informationnel complexe, les tensions globales OTAN / Russie et les activités ambiguës dans le cyberespace sont autant de facteurs de confusion.

Il émet donc quelques recommandations, à destination de l’OTAN et du Royaume-Uni. Pour l’OTAN, il suggère de formaliser une Nuclear Deterrence Review visant à améliorer la cohérence de la communication stratégique et à mettre en lumière les synergies entre les trois États nucléaires de l’Alliance. Il recommande de faire en sorte que la posture de l’OTAN soit toujours plus mesurée que celle de ces États dotés. Il invite à reconsidérer la posture d’ambiguïté, mieux comprendre la politique de signaux de la Russie et essayer de convaincre la France de rejoindre le NPG.

Pour le Royaume-Uni spécifiquement, il pense utile de chercher à influencer l’OTAN en poursuivant sa politique de retenue, de s’opposer aux propositions au sein de l’OTAN visant à réintroduire des capacités pouvant être déstabilisatrices et soutenir un plan de retenue globale pour l’OTAN, le P3 mais aussi le P5.

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