Où en est la composante aérienne chinoise ?

Defense Intelligence Agency, bulletin n°61, janvier 2019

Le dernier rapport de la Defense Intelligence Agency a mis l’accent en janvier 2019 sur la modernisation des forces de bombardiers chinoises. En particulier, le rapport rendu public évoque le possible remplacement des actuels H‑6 Badger par des équipements furtifs aux technologies beaucoup plus avancées à partir de 2025Defense Intelligence Agency, « China Military Power, Modernizing a Force to Fight and Win », 2019..

H‑6

Le lancement d’un programme de remplacement pour le H‑6 a été officialisé en Chine par le commandant de la PLAAF, le général Ma Xiaotian, en septembre 2016Derek Grossman, Nathan Beauchamp-Mustafaga, Logan Ma et Michael S. Chase, China's Long-Range Bomber Flights, Drivers and Implications, Rand Corporation, 2018.. Ce programme a été pris en compte et commenté par les rapports officiels américains dès cette date.

Teaser du H‑20 présenté à la télévision chinoise par l’entreprise AVIC

Des informations publiées par des médias chinois à l’automne 2018 ont permis d’en savoir davantage. En effet, la télévision chinoise a alors annoncé que le programme faisait « de grands progrès » et qu’il s’agissait d’un programme de bombardiers furtifs débuté peu après 2000. Inspiré du B‑2 américain, le nouveau bombardier serait confié à la société Xi’an Aircraft Industrial Corporation (XAC).

Selon The Diplomat, un prototype du H‑20 aurait été construit à partir de 2015. À partir d’un article publié sur un site de la PLA, le magazine a retenu plusieurs caractéristiques du bombardier :

  • Furtivité ;
  • Distance intercontinentale ;
  • Charge inférieure à celle du B‑2 mais supérieure à celle du H‑6K ;
  • Possibilité d’emporter des charges nucléaires et conventionnelles ;
  • Capacité renforcée de combat électroniqueUn commentaire chinois fait état d’un avion capable de « disturb and destroy incoming missiles and other air and ground targets through a range of equipment including radar, electronic confrontation platform, high power microwave, [and] laser and infrared equipment. » Voir Derek Grossman, Nathan Beauchamp-Mustafaga, Logan Ma et Michael S. Chase, op. cit. et de communication et de contrôle« Capable of large-capacity data fusion and transmission to interact with large sensor platforms like UAV [unmanned aerial vehicles], early warning aircraft and strategic reconnaissance to share in-formation and targeting data ». Ib.;
  • PolyvalenceRick Joe, « China's Future Stealth Bomber Fleet », The Diplomat, 3 mai 2018..

Selon d’autres organes de presse, le Hong‑20 aurait un poids maximum au décollage de 200 tonnes et une charge utile de près de 45 tonnesKristin Huang, « Why the new H‑20 subsonic stealth bomber could be a game changer for China », South China Morning Post, 21 octobre 2018.. Le Département de la Défense a estimé une portée de 8 500 kmAnnual Report to Congress, Military and Security Developments involving the People’s Republic of China, 2018, Office of the Secretary of Defense, 16 mai 2018., mais certains médias chinois ont évoqué une portée de 12 000 km. Le chiffre de 10 000 km pour un rayon d’action de 5 000 a également été avancé« Expert: If Air-Refuelable H‑6K Is True, Its Range Will Exceed 10,000 km » [“专家: 空中受油型轰-6K 若属实 其航程将超 1 万公里”], Peoples Daily Online, 18 août 2017.. Par ailleurs, la portée pourrait être allongée par des capacités de ravitaillement en vol déjà développées pour le H‑6KIdem..

Le nouveau bombardier chinois pourrait emporter des missiles de croisière CJ‑10K ou CJ‑20, conventionnels ou nucléaires, permettant à la Chine de disposer d’une Triade nucléaire crédible. Le déploiement de cette nouvelle flotte de bombardiers représente tout autant un avantage conventionnel majeur puisqu’elle pourrait accroître les capacités de déni d’accès de Pékin et en particulier menacer les groupes aéronavals américains dans un espace Pacifique élargi. Le H‑20 pourrait également servir de moyen de reconnaissance pour d’autres armes déployées sur le territoire chinois« Intel Report Confirms China Developing Stealthy Tactical Bomber In Addition To Strategic Bomber », The War Zone, The Drive, 16 janvier 2019..

La conception d’avion furtif a longtemps été ralentie en Chine par les difficultés à développer un moteur à turboréacteur de haute performance. L’institut n°603 de conception aéronautique, désigné comme partenaire de XAC, aurait permis de réaliser des progrès majeurs sur ce pointFranz-Stefan Gady, « China to Unveil New Stealth Bomber During Military Parade in 2019 », The Diplomat, 17 octobre 2018.. Le développement du J‑20 et F‑31 aurait également permis des améliorations notables en matière de furtivitéZhang Tao, « Rear Admiral: China’s Development of H‑20 Bomber Just in Time », China Military Online, 7 décembre 2016..

Les investissements réalisés au titre du H‑20 permettront de confirmer l’existence d’une Triade nucléaire chinoise, sujet qui suscite aujourd’hui des interrogations. En effet, le dernier rapport du DIA estime que depuis 2017, les Forces aériennes se sont vues réaffecter une mission nucléaire, « probablement avec un bombardier stratégique en développement »Defense Intelligence Agency, op. cit.. Des journalistes comme Ankit Panda ont estimé que le H‑6K était déjà capable d’emporter des missiles de croisière CJ‑20 conventionnels ou nucléairesAnkit Panda, Twitter, 19 mai 2018..

Le gouvernement américain a modifié sa perspective sur cette question très récemment. En 2017, le Pentagone indiquait que la PLAAF n’avait pas de mission nucléaireAnnual Report to Congress, Military and Security Developments involving the People’s Republic of China, 2017, Office of the Secretary of Defense, 5 mai 2017.. En 2018, le rapport remis au Congrès a fait évoluer cette évaluation en indiquant, au conditionnel, que « the PLAAF has been newly re-assigned a nuclear mission, which would create a nuclear triad »Annual Report to Congress, Military and Security Developments involving the People’s Republic of China, 2018, op. cit..

Le H‑6K a néanmoins été utilisé depuis 2015 dans une fonction largement conventionnelle, avec notamment des vols d’essais sur des longues distances permettant de démontrer les capacités chinoises à agir dans la région PacifiqueDerek Grossman, Nathan Beauchamp-Mustafaga, Logan Ma et Michael S. Chase, op. cit.. Grâce à sa capacité à être ravitaillé en vol, le H‑6 aurait désormais une portée étendue à 12 000 kmAndreas Rupprecht, « Modern Chinese Warplanes », Facebook, 15 août 2017.. Cette portée étendue pourrait rendre crédible la thèse d’une mission stratégique pour la flotte chinoise« China’s Newest Air-Refuelable Modified H‑6 Revealed: Range Sharply Increased, Can Fly Around Japan » [“中国最新受油改进型轰 6 曝光 航程猛增可绕飞日本”], Sina, 15 août 2017..

La Chine posséderait aujourd’hui environ 130 H‑6, dont 36 version modernisée H‑6K. Les premiers modèles ont été tirés des plans du Topolev‑16 achetés à l’Union Soviétique dans les années 1950David Axe, « The H‑6K Is China’s B‑52 », War is Boring, 8 juillet 2015.. Sous le vocable H‑6A, ils ont notamment servi à des essais nucléaires atmosphériques. Mais l’avion utilisé semblait davantage être un démonstrateur technologique qu’un avion de combat opérationnelHans Kristensen et Robert Norris, « Chinese Nuclear Forces », Bulletin of the Atomic Scientists, vol. 74, n° 1, 2018..

Les efforts chinois pour compléter leur Triade nucléaire pourraient déjà avoir abouti et seront renforcés par l’arrivée du H‑20. Cela dit, la mission nucléaire ne saurait justifier intégralement les efforts consentis par Pékin pour se doter de bombardiers à long rayon d’action. La volonté de dissuader toute intervention à proximité de ses côtes, de défendre ses prérogatives maritimes voire de faire pression politiquement sur Taiwan est également perceptible. Par ailleurs, le rôle de prestige lié au développement de telles capacités, notamment auprès du public chinois, ne doit pas être négligéDerek Grossman, Nathan Beauchamp-Mustafaga, Logan Ma et Michael S. Chase, op. cit..

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