Russia and NATO: How to overcome deterrence instability?

Thomas Frear, Lukasz Kulesa, Denitsa Raynova, bulletin n°54, mai 2018

Le European Leadership Network s’est également interrogé sur le concept de stabilité stratégique en Europe, avec la publication d’un rapport en avril 2018 qui estime que les postures de dissuasion de la Russie et l’OTAN portent en germe des risques de conflit et appelle à des modificationsThomas Frear, Lukasz Kulesa, Denitsa Raynova, Russia and NATO: How to overcome deterrence instability?, Euro-Atlantic Security Report, European Leadership Network, Avril 2018.. Les auteurs jugent que le comportement des deux acteurs contribuent à l’instabilité.

Côté russe, les autorités ont une forte crainte de l’OTAN perçue comme une menace globale. Elles redoutent en particulier toute action unilatéral conduisant à marginaliser la Russie voire à provoquer un changement de régime à Moscou. En réponse, elles se sont dotées d’un concept inclusif de dissuasion stratégique qui vise notamment à dominer les phases initiales d’un conflit et à recourir à des actions préemptives sur l’ensemble du spectre (infra-conventionnel jusqu’à nucléaire). Dans ce cadre, la Russie envoie des signaux forts qui visent à traduire une ambiguïté sur les seuils et une forme d’imprédictibilité, n’hésitant pas à déployer des capacités duales et à s’entraîner pour convaincre l’OTAN de sa préparation pour s’imposer sur les phases initiales d’un conflit.

Du côté de l’OTAN, la posture a évolué depuis 2014 avec une priorisation donnée à la protection du territoire de l’Alliance contre une agression russe. La crainte principale est celle d’un fait accompli russe. En réponse, les sommets du Pays de Galles et de Varsovie ont cherché à adopter la posture de dissuasion autour d’un panachage de capacités conventionnelles et nucléaires et de dissuasion par punition et par interdiction. En matière de signaux, l’OTAN a cherché à démontrer sa préparation par le déploiement de troupes à l’Est de l’Alliance et l’amélioration de ses temps de réponse. Elle a cherché à prendre en compte certains points faibles qui créent des vulnérabilités et ce-faisant menacent la stabilité stratégique, comme la difficulté à faire émerger un consensus politique en cas de crise, la lenteur éventuelle d’une réponse militaire, le manque d’infrastructures pour déplacer forces et capacités, et certains déséquilibres dans les équipements.

Pour les auteurs, ces réponses des deux acteurs entretiennent l’instabilité. En cas de crise, les doctrines russes pourraient favoriser l’escalade en prônant le déploiement massif de forces à proximité de la zone de conflit, et en cherchant lors de l’intensification de celui-ci à préserver coûte-que-coûte l’avantage. Par ailleurs, la volonté de répondre au plus vite à une agression russe pourrait conduire l’OTAN à s’enferrer dans une riposte agressive, alors que les actions non-coordonnées de ses membres pourraient favoriser les incompréhensions russes. D’autres facteurs sont sources d’instabilité, tels que le recours éventuels à des attaques cyber ou spatiales, sans qu’il n’existe de clarté sur la nature des réponses à de telles attaques ou la capacité réelle des architectures offensives et défensives.

Le rapport conclue donc que dans le contexte actuel, chaque acteur doute de la crédibilité de sa position et cherche à se renforcer, alimentant ainsi une spirale négative en termes de stabilité. Ils formulent sept recommandations principales pour limiter les risques d’escalade volontaire ou accidentelle :

  • La modification de la posture russe à partir d’un réajustement plus nuancé de la menace otanienne et la renonciation aux signaux les plus agressifs
  • Une évaluation de la doctrine de l’OTAN visant à définir si le niveau actuel est suffisant et analyser en profondeur les impacts directs et indirects d’éventuelles réformes
  • La réintroduction de mesures de retenue en matière de dissuasion conventionnelle, à partir des instruments de sécurité européenne existant, mais aussi de nouvelles mesures
  • L’engagement de ne pas rehausser le rôle des armes nucléaires non-stratégiques pour préserver une distinction claire entre conventionnelle et nucléaire
  • La minimisation du risque d’escalade inter-domaine, notamment concernant les opérations cyber et spatiales
  • La construction de procédures de gestion de crises
  • La multiplication des canaux de communication, utilisés en temps de paix et en temps de crise

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