La question de la reconstruction en Syrie, enjeux et dynamiques

Joseph Daher, 29 janvier 2018

Introduction

Les objectifs initiaux du soulèvement populaire en Syrie en mars 2011, pour plus de démocratie, de justice sociale et d’égalité, n’ont jamais semblé aussi lointains.

Les diverses négociations diplomatiques, de Genève à Sotchi ou encore Astana, cherchent à entériner des processus maintenant le régime de Damas. D’ailleurs, le président Emmanuel Macron a déclaré mi-décembre 2017 qu’il comptait s’employer à « gagner la paix » en Syrie, sans exclure Bachar al-Assad du processus…« Emmanuel Macron promet la victoire contre l’EI en Syrie d’ici deux mois », RTS (consulté le 23 décembre 2017).

Que se passe-t-il sur le terrain ? Le régime de Bachar al-Assad se trouve en position de force, multipliant les victoires s’appuyant sur ses alliés russes, iraniens et sur le Hezbollah libanais.

Les djihadistes de l’État islamique (EI) ont de leur côté perdu la grande majorité des villes et centres urbains syriens et irakiens qu’ils occupaient. Avec la perte de la ville de Raqqa en octobre dernier, l’EI contrôlait désormais seulement 10 % du territoire syrien – contre 33 % au début de l’année 2017.« Raqqa en passe d’être remise à une autorité civile », L’Orient-le-Jour, (consulté le 22 octobre 2017). Seules quelques régions frontalières isolées entre l’Irak et la Syrie restent actuellement sous leur contrôle, en plus de quelques poches sur le territoire syrien.

C’est dans ce contexte que la question de la reconstruction se pose désormais, impliquant des acteurs aux agendas politiques et économiques très divers, voire contradictoires. Les coûts de la reconstruction de la Syrie sont actuellement estimés entre 200 et 300 milliards de dollars, certains les estimant même à 1 000 milliards.« “Reconstruction Cost of Syria Is Estimated at $300 Billion Five Times the 2010 GDP”, FEMISE Conference Interview with Osama Kadi, President of Syrian Economic Task Force », FEMISE, (consulté le 20 septembre 2017).

Or, pour Bachar al-Assad, ses proches et les hommes d’affaires liés à son régime, la reconstruction est perçue comme un moyen de consolider les pouvoirs déjà acquis et d’asseoir de nouveau une domination politique et économique sur la société syrienne. Pour ce faire, le régime compte sur un vaste projet de reconstruction, destiné à accumuler de nouveaux capitaux et éliminer toutes les poches de dissidences. Ce processus renforcera également les politiques néolibérales du régime fortement endetté et dans l’incapacité de financer la reconstruction.

En même temps, les États alliés du régime syrien, en particulier la Russie et l’Iran, sont en première ligne pour profiter économiquement des bénéfices de la reconstruction. [...]

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