Le G5 Sahel, en réaction à la mutation de l’environnement stratégique sahélien
politiques régionales de coopération et niveaux d’engagement des États membres

Nicolas Desgrais (sous la direction de Hugo Sada), 28 février 2018

Introduction

Au cours de l’année 2017, la jeune organisation inter-gouvernementale du G5 Sahel s’est retrouvée projetée au cœur de l’actualité diplomatique internationale à l’occasion du vote de deux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) portant sur la création d’une force régionale de lutte contre les groupes armés jihadistes, la Force Conjointe du G5 Sahel (FC‑G5S).

Méconnu, le G5 Sahel est devenu, à cette occasion, un objet de curiosité dans les milieux universitaire et journalistique. Pourtant, le G5 Sahel structure, depuis sa création en 2014, les relations intra-sahéliennes. Si l’organisation sahélienne a, aujourd’hui, réussi à s’imposer comme un véritable acteur de la sécurité au Sahel, sa création ambitionnait de concilier sécurité et développement.

Créé à Nouakchott, en février 2014, lors d’un sommet des chefs d’État de la Mauritanie, du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad, le G5 Sahel a vu sa Convention adoptée et signée, toujours dans la capitale mauritanienne, en décembre 2014. L’organisation inter-gouvernementale se définit comme étant « un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale »Communiqué final du Sommet des chefs d’État du G5 du Sahel : Création d’un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale, Nouakchott, 16 février 2014. en matière de sécurité, de développement et de gouvernance.

Sa création intervient à un moment d’ébullition et de mutations profondes de l’environnement stratégique sahélien. Dans le domaine du développement, de nombreux Partenaires techniques et financiers (PTF) des pays sahéliens élaborent des « Stratégies Sahel » consacrant le principe d’un nexus sécurité – développement. Sur le plan sécuritaire, la gestion de la crise malienne a montré les défaillances des systèmes de défense collective africains, que ce soit celui de l’Union africaine (UA), de la CEDEAO ou encore celui du Comité d’État-major opérationnel conjoint (CEMOC).

Le fiasco de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA) pousse la France à lancer l’opération Serval. L’intervention française, qui se transformera en opération Barkhane, annonce un renforcement durable de la présence militaire française au Sahel, ce qui ouvrira de nouvelles opportunités de coopération avec les armées sahéliennes. L’opération Serval eut également un effet d’entraînement dans la région de nouveaux acteurs, que ce soit l’ONU avec la MINUSMA, ou l’Union européenne (UE) avec ses missions de formation.

La transformation de la MISMA en MINUSMA et le rôle accordé par le CSNU à la France, en matière de lutte contre les groupes jihadistes au Mali, consacrèrent l’éviction progressive de l’UA de la gestion des affaires sahéliennes. Cette nouvelle donne stratégique, vécue comme une humiliation, poussa l’UA à initier le Processus de Nouakchott qui visait à enfin opérationnaliser l’Architecture Africaine de Paix et de Sécurité (APSA) dans la région. Paradoxalement, les initiatives de l’UA, loin de lui permettre de redevenir un acteur de sécurité crédible, ont nourri une pratique de coopération régionale qui, soutenue par les troupes françaises, a fait émerger un système de défense collectif propre au Sahel doté de mécanismes ad hoc à l’architecture continentale.

Dans ce contexte, le G5 Sahel se dote d’une ambition en matière de gestion de crise, en affirmant vouloir « préserver l’intégrité territoriale des États et mener, ensemble, une action résolue en vue d’assurer la sécurité dans l’espace sahélien »Ibid.. Pour autant, la sécurité apparaît, dans un premier temps, comme une préoccupation secondaire pour la jeune organisation, laissant ce domaine à la compétence souveraine des chefs d’État. En effet, le G5 Sahel ambitionne avant tout de créer un cadre institutionnel formant un entonnoir pour la mise en œuvre des nombreuses « Stratégies Sahel ».

Ce n’est que dans un second temps que les coopérations régionales en matière de sécurité viendront se greffer au G5 Sahel et faire, ainsi, progressivement pencher le barycentre de l’organisation vers la sécurité au sens large. La France, à travers son opération Barkhane, a fortement soutenu la coopération militaire transfrontalière régionale qui préfigura la Force Conjointe du G5 Sahel, créée en novembre 2015, suite à une décision des chefs d’État sahéliens, à la surprise même des partenaires.

La FC‑G5S est la concrétisation d’une volonté politique commune nouvelle dans une région jusque-là marquée par les dissensions et une gestion différenciée de la menace engendrée par le GPSC puis AQMI. Le G5 Sahel ambitionne désormais de devenir également le canal de réception privilégié de l’aide internationale en matière de lutte contre le terrorisme.

L’important soutien militaire et diplomatique que la France apporte à la Force conjointe du G5 Sahel (FC‑G5S) depuis sa création en novembre 2015 a suscité beaucoup de fantasmes et de confusions autour de ce nouveau dispositif militaire souvent présenté comme une initiative française qui, du simple fait de la présence de l’opération Barkhane, aurait été imposée aux pays du G5 Sahel, anciennes colonies françaises.

Cette grille d’analyse, présupposant un néocolonialisme français, est caricaturale et, à bien des égards, obstrue toute analyse approfondie de la sensible question des relations complexes qu’entretiennent les États sahéliens avec leurs partenaires techniques et financiers (PTF). Notre étude vise à placer la focale sur le degré d’engagement politique et militaire des États sahéliens au sein de cette nouvelle initiative régionale, que nous considérons comme étant davantage l’expression de l’adaptation des États de la région à la mutation profonde de leur environnement stratégique depuis 2010, que l’expression d’une politique française au Sahel.

Sur le plan méthodologique, l’étude s’appuie sur des entretiens effectués à Paris, Bruxelles, Dakar et Ouagadougou, ainsi que sur des recherches documentaires portant sur la littérature institutionnelle disponible ou collectée au cours des entretiens et les travaux académiques et universitaires tels que les rapports et articles de recherche portant sur le sujet. [...]

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