Cuba et l’URSS, 30 ans d’une relation improbable

Les relations soviéto-cubaines ont-elles été l'OVNI des relations internationales ? De fait, rien ne prédisposait l'URSS et Cuba à nouer une alliance étroite.

Au sortir de la seule crise ayant mené le monde au bord de la guerre nucléaire, les deux pays ont forgé une relation particulière et complexe. Faute de disposer d'une indépendance économique, Cuba a bâti un modèle mixte inséré dans le camp socialiste sans renoncer à l'autonomie de sa politique extérieure. On a souvent désigné Cuba comme un satellite de l'Union soviétique. Les relations entre les deux pays sont plus complexes que ce schéma facile de vassalisation. La véritable originalité des relations soviéto-cubaines est, malgré les divergences, d'avoir réussi à concilier leurs intérêts respectifs. Néanmoins, cette relation unique n'a pas survécu au contexte qui avait favorisé sa naissance. Le désir volontariste de faire l'Histoire, fût-ce au prix d'alliances contre-nature, et le charisme des leaders ne purent battre en brèche les données de la géopolitique.

L’ouvrage de Leila Latrèche met en lumière un aspect méconnu de la guerre froide, en l’occurrence les relations entre Cuba et l’Union soviétique. En effet, il semble que rien ne disposait ces deux pays à devenir des alliés alors qu’ils n’avaient que peu de relations avant l’arrivée de Fidel Castro au pouvoir en janvier 1959. Placé sous influence américaine, l’île des Caraïbes est une sorte de « protectorat » des États-Unis depuis le début du xxe siècle malgré quelques tentatives de révolte contre cette prédominance américaine. Le Parti communiste cubain n’existe qu’à l’état embryonnaire jusqu’à la fin des années 1940 et ne dispose donc que d’un écho très limité auprès d’une population en grande partie paysanne, pauvre et analphabète.

Toutefois, l’atmosphère de la guerre froide et surtout l’accession au pouvoir de Castro à la fin des années 1950 bouleversent totalement la donne. Arrivant au pouvoir sans programme politique véritablement établi, le « lider maximo » se rapproche progressivement du Parti communiste cubain et de l’URSS, qui voit en Cuba un relais de l’influence soviétique sur le continent latino-américain. L’installation de missiles nucléaires sur l’île en 1962 génère l’une des crises les plus aiguës de la guerre froide, mais son dénouement entraîne un certain statu quo, dans le sens où les États-Unis décident de ne plus intervenir militairement à Cuba et que les Soviétiques continuent d’accroître leurs échanges économiques avec les Cubains.

« Auréolé » de sa résistance face aux Américains et quelque peu échaudé par l’attitude des Soviétiques à son égard, Fidel Castro décide alors de propager ses idées révolutionnaires, inspirées notamment par Ernesto Guevara ; Cuba apparaissant au fur et à mesure comme un allié indocile de l’URSS. En effet, son soutien aux mouvements de guérilla en Amérique latine et son intervention massive en Angola dans les années 1970 font l’objet de vifs débats voire de critiques dans l’appareil d’État soviétique. L’URSS est également le principal partenaire économique de l’île – sous embargo américain depuis 1960 – lui permettant d’intégrer le COMECON au début des années 1970. Cependant, les difficultés économiques patentes dans les années 1980 puis l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir en 1985 distendent les liens entre les deux pays, entraînant par répercussion de grandes tensions sociales à Cuba, de plus en plus dépendante de l’aide de l’URSS et des autres pays du bloc soviétique. La chute du communisme dans les pays de l’est européen en 1989 puis l’éclatement de l’URSS en 1991 ont mis fin à cette relation privilégiée, Cuba n’apparaissant plus alors comme une priorité pour les nouvelles autorités russes. Comme le suggère le titre, les relations entre les deux pays peuvent être qualifiées d’improbables et demeurent surtout le produit de l’évolution et des aléas de la guerre froide, davantage que d’une véritable stratégie en matière de politique étrangère.


Cuba et l’URSS, 30 ans d’une relation improbable

Auteur(s) : Leila Latrèche
Collection : Collection Réflexions stratégiques L'Harmattan/FRS
Parution : juillet 2011


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