À deux doigts de la catastrophe ? Un réexamen des crises nucléaires depuis 1945

Recherches & Documents n°04/2017
Bruno Tertrais, juin 2017

L’un des arguments récurrents des opposants à l’arme nucléaire consiste à avancer que « depuis 1945, le monde est passé à plusieurs reprises à deux doigts de la catastrophe ». Ce récit est fondé sur une lecture catastrophiste à l’excès des crises et incidents majeurs intervenus au cours de l’âge nucléaire, fondée généralement sur l’idée que nous n’avons échappé à la guerre nucléaire que par « chance ». En France, par exemple, l’ancien ministre de la défense Paul Quilès disait récemment : « Faut-il rappeler que l'on est passé à plusieurs reprises au bord de la catastrophe nucléaire majeure ? (…) On peut dire que l'humanité doit son salut à la chance plutôt qu'à la responsabilité des politiques et des militaires ».

Ce récit a toutefois toutes les chances non seulement de perdurer, mais également d’être de plus en plus utilisé dans le débat international sur le désarmement ; la « campagne » humanitaire ayant largement fait long feu, il pourrait ainsi être au cœur du débat des prochaines années (comme en témoignent par exemple la publicité donnée aux documentaires récents The Man Who Saved The World et Command and Control), y compris dans la perspective de la négociation d’une « convention d’interdiction ». Il est en effet repris tel quel, sans distance critique, par certains responsables gouvernementaux en Europe, aux États-Unis et au sein du Mouvement des non-alignés.

Il est proposé de réexaminer les principaux événements recensés dans la littérature pour discuter de la réalité du risque, et ainsi être en mesure de modérer, voire de contrer ce récit anti-nucléaire.

Il ne s’agit pas de démontrer que « les armes nucléaires ne sont pas dangereuses », mais de limiter la portée de l’argumentation consistant à dire « le désarmement est urgent car, au vu des soixante-dix dernières années, nous pouvons connaître une catastrophe nucléaire à tout moment » (ainsi que les arguments dérivés sur le « de-alerting »).

Il existe théoriquement cinq types d’explosions d’armes nucléaires : (a) accident, (b) essai, (c) emploi délibéré mais non approuvé par l’autorité politique ou militaire légitime (emploi « non autorisé »), (d) emploi délibéré par une autorité légitime mais par erreur (« fausse alerte »), (e), emploi délibéré sur la foi d’informations avérées.

L’analyse qui suit concerne essentiellement les quatrième et cinquième cas. 37 épisodes, crises à dimension nucléaire (25) ou incidents techniques (12), qui auraient pu conduire à l’un ou l’autre, ont été sélectionnés.

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