Coût de la dissuasion nucléaire : des investissements cycliques

Recherches & Documents n°11/2017
Emmanuelle Maître, décembre 2017

Dans les trois États nucléaires de l’OTAN (États-Unis, France, Royaume-Uni), la dissuasion a représenté ces dernières années une composante modeste des budgets de la Défense. Néanmoins, les trois pays s’apprêtent à des investissements majeurs pour pérenniser leurs capacités nucléaires et les adapter aux nouveaux besoins techno­logiques. En effet, par un hasard du calendrier, les trois États se trouvent en position de devoir réinvestir dans une nouvelle génération de SNLE, un poste particulièrement coûteux. En termes financiers, cela va se traduire dans les trois États par une hausse substantielle des budgets de la dissuasion. Ainsi, à l’échelle française, il a été annoncé dès 2012 le doublement du budget de la dissuasion d’ici à 2025 avec un coût de modernisation estimé à 29 milliards d’euros pour les FOST et 2,6 milliards d’euros pour les FAS« L'avenir des forces nucléaires françaises », Rapport d'information n° 668 (2011-2012) de MM. Didier Boulaud, Xavier Pintat, Jean-Pierre Chevènement, Mmes Michelle Demessine, Josette Durrieu, MM. Jacques Gautier, Alain Gournac, Gérard Larcher et Bernard Piras, fait au nom de la Commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, déposé le 12 juillet 2012..

En raison de la part élevée des coûts de développement et de production des principaux équipements liés à la dissuasion (c’est-à-dire notamment des SNLE, bombardiers, voire dans une moindre mesure des missiles, sans oublier les programmes de simulation), les budgets de la dissuasion ont tendance à fluctuer en fonction des grandes décisions d’investissements et de renouvellement des systèmes. Il se forme donc un phénomène de cycle. Celui-ci implique de faire un réel effort budgétaire à chaque ouverture d’un nouveau cycle, ce qui a des conséquences militaires (besoin éventuel de sacrifier d’autres demandes d’équipements des forces conventionnelles), mais également politiques puisque cet effort intervient au terme d’une décision des gouvernements et de leurs parlements respectifs. De manière notable, il apparaît que plus l’arsenal d’un pays est réduit, plus l’effet de cycle est marqué. En effet, le Royaume-Uni par exemple, a très peu de grands investissements à réaliser, et le plus important d’entre eux, le renouvellement des SNLE, intervient à intervalle lointain par volonté justement de réaliser des économies. De plus, dans ce cas, le budget de fonctionnement est assez réduit. Les effets de cycle sont donc plus visibles et plus complexes à gérer au niveau budgétaire, mais également politique.

Cette note s’intéresse à cet effet de cycle, et cherche à en analyser succinctement les mouvements dans une perspective comparative (entre pays dont les données sont disponibles) et historiques. Ainsi, elle présente les cycles actuels et les rapporte aux calendriers d’acquisition de systèmes. Par ailleurs, elle tire des conclusions modestes des précédents phénomènes de cyclicité.

Plusieurs réserves doivent être émises à ce stade. Tout d’abord, certaines données n’existent pas, pour le Royaume-Uni, la Russie et la Chine, il est impossible de recueillir des données historiques fiables en source ouverte. Par ailleurs, il est difficile de définir de manière unique le concept de « dépenses nucléaires », car le périmètre est très variable (voir diagramme ci-dessous). Les chiffres et données présentés dans cette note ne sont pas comparables, car ils intègrent des définitions différentes. Ils permettent néanmoins de dégager de grandes tendances, ce qui est l’objectif de ce travail. Deuxièmement, certains pays n’ont pas rendu publique la décomposition de leurs dépenses historiques depuis la Seconde Guerre mondiale. Il est donc impossible d’analyser la cyclicité des investissements de ces pays de manière chiffrée. Les conclusions de cette étude intègrent ces limites.

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